Droits d'auteur

Les parents devraient se considérer comme la cause d'une naissance or ils sont persuadés qu'ils en sont les auteurs. En vérité s'il fallait établir un pourcentage de droits d'auteur selon les lois de la génétique, ils percevraient une misère.

Indifférence ou crainte ?

Comment ? écrivent les lecteurs des journaux, comment les voisins de cette famille de huit enfants vivant à Banyuls n'ont-ils pas porté plainte pour mauvais traitements devant des fillettes qui pesaient vingt deux kilos à douze ans et demi ?
Nous laisserons au lecteur le soin de deviner ce que pouvaient craindre, et de qui, les voisins qui n'ont pas voulu parler.

Les procès de demain

(1998)Il serait utile d’imaginer comment les archives du présent qui sont en constitution sous nos yeux serviront aux grands procès de demain.
L’une des grandes leçons de l’affaire Papon est qu’il est désormais loisible à n’importe qui, n’importe quand, même cinquante ans après les faits, d’exhumer des documents pour faire juger des octogénaires par des gens qui n’ont pas la moitié de leur âge.
Or justement , des octogénaires, les chiffres de l’INSEE nous en promettent beaucoup avant la moitié du siècle prochain . En outre depuis Vichy, les capacités de production, de stockage et d’indexation des documents se sont multipliées de manière exponentielle. Si une signature et un tampon de 1942 suffisent à remettre en cause trente ans de gaullisme institutionnel quel sera, en 2030, le destin des images, interviews, déclarations diverses consignées sur notre actualité dans les archives des radios et des télévisions? Qui peut le dire ? Plus personne.
Un haut fonctionnaire, un décideur, un militaire ne sauront jamais plus ce que l’avenir leur réserve. Cela dépend certes de la façon dont ils écrivent l’histoire, mais aussi en grande partie de qui la lira, et devant qui. Pour le prévoir il leur faudrait prévoir la nature des événements qui les attendent . Et surtout en quoi l’implacable curiosité des enquêteurs du futur servira la politique d’une époque dont ils ignorent la sensibilité.
Pour tout esprit honnête et perspicace, la perspective de voir un jury visionner
avec l’aide d’un index informatique des kilomètres de bandes magnétiques dans quarante ans, pour confondre on ne sait encore qui, au nom d’on sait encore quoi, est terrifiante. Pourtant la maquette du procédé est en phase de test à la télévision toutes les semaines.
Combien d’invités se font désormais piéger en direct par des images d’archives qui les représentent en train de proférer des âneries ? On ne cesse d’exhumer des déclarations, des petites phrases, généralement pour nourrir des bêtisiers, mais ne nous y trompons pas : quand on développe un outil informatique pour fouiller les archives vidéo de manière à retrouver une sottise en cinq minutes, quand on est capable d’extirper un visage de la foule d’une réunion, on peut confondre à peu près tout le monde.Les faits et gestes de deux générations sont dans une boîte de Pandore au couvercle fragile. S’il prend fantaisie à quiconque de se pencher sur les responsabilités de la France dans telle ou telle tragédie internationale, si demain, un régime doté de pleins pouvoirs considère le blanchiment ou les crimes financiers comme imprescriptibles , si une réédition des procès de Moscou doit servir les desseins d’une société future dont nous ne savons encore rien , on peut déjà dresser la liste des professions exposées et des retraités à risque.
Une fois l’ordre rétabli, les octogénaires de la banque française auront du souci à se faire
. On risque même de leur imputer l’incendie de certains entrepôts dans le port du Havre (Crédit Lyonnais), voire celui d’un siège social (idem), allez savoir. Ce qui prouverait au moins qu’ils étaient conscients du danger de l’archivage avant tout le monde.

Les inquisiteurs de la laïcité

La vigilance des inquisiteurs de la laïcité révèle à quel degré notre vie sociale porte l'empreinte du christianisme. Vouloir extirper toute référence à cette empreinte dans les usages et le vocabulaire représente une mutilation. Faudra t-il fonder une association pour défendre les 4284 communes françaises qui ont le malheur de porter un nom de saint?

Cinéma d'avant guerre (la prochaine)

(1998)La télévision diffuse le remake télé de Nikita dont j’ai entendu parler par hasard aux Etats-Unis et qui recueille là-bas un succès fou sous le nom La femme Nikita . Plus de deux cents sites internet, une série, la tueuse décervelée par un improbable agent du contre-espionnage y est devenue un personnage-culte.

J’aurais dû me douter que les raisons d’une telle faveur manquaient un peu d’innocence mais cette B.D. hystérique représente un sommet de sauvagerie comme les Américains les adorent et comme les adolescents du monde entier les plébiscitent à cause d’eux. Le fait que l’actrice originale, Anne Parillaud, soit issue du vivier des seconds rôles à la française rendait l’ opération « collabos avec Hollywood » encore plus spectaculaire. Après avoir traîné dans deux ou trois polars, l’ancienne égérie d’Alain Delon s’est retrouvée en 1990 passée au tamis californien, privée de ses cheveux, transformée en junkie vénéneuse, bourrée de pilules et maniant le 357 magnum à bout portant.

Le film était déjà le triomphe absolu de l’anti-humanisme mais la série télé tient ses minables promesses. Avec ce produit facile à traduire Luc Besson a rejoint la légion sans honneur des réalisateurs qui propagent la laideur sur la planète entière en prétendant la combattre. Un exemple de dialogue de la série : « J’ai votre enfant, je suis parfaitement décidé à le torturer » (chaîne publique, 23 heures) .

Quand nous saurons où menait tant de cynisme, quand les sociologues et les historiens se pencheront sur les causes du désastre, on analysera ce genre de films comme ceux du Berlin de 1930.

Le petit juge

Le surnom du magistrat d' Outreau, le « petit juge », fait un peu froid dans le dos. Imagine t-on de confier ses coronaires aux soins d'un « petit chirurgien »?

Profondeur de champ

La France peut-elle encore échapper au terrorisme islamique ? et Pourquoi est-il impossible de réformer la France ? Dans ces titres de débats télévisés, il s’agit d’asséner une vérité, pas de poser une question. Jusqu’ici le journalisme avait pour objet d’élargir le débat. Aujourd'hui la complexité des problèmes semble interdire le maintien, dans l’information, de ce qu’on appelle la profondeur de champ. Voilà qui nous rapproche chaque jour davantage de la propagande.