
Les enfants d'origine russe ou tchèque seraient bien naïfs de croire que leur intégration à l'ensemble français revêt la moindre urgence, ni que leur monde culturel d'origine présente le moindre intérêt. La preuve, leurs condisciples d'origine marocaine sont invités, eux seuls, par l'enseignement primaire français, à retrouver leurs racines arabes, on se demande pourquoi, et pourquoi celles-là seulement.
Et les enfants russes, polonais, hongrois, portugais, etc ?
Bernés par leurs enfants
Quand, pour se venger de leur propre enfance chez les prêtres, des directeurs d’agence publicitaire qui se sont partagé le festin de l’après-68 nous infligent des campagnes où l’on voit bafouer l’image de l’adulte, de l’aînesse, de la masculinité, ils ne font rien d’innocent. Une mode tyrannique exige aujourd’hui que le père de famille soit ridicule, de préférence devant une conjuration mère-fille. « Je ne sais plus quoi faire de ton père », dit une femme excédée par son mari coureur de jupons. Une fille de six ans explique à son géniteur qu’avec le nouveau produit Candia il peut recommencer à digérer le lait. L’épouse appuie avec une vague ironie. Après la première gorgée, le papa se retrouve en culottes courtes.
On ignore si la campagne est un succès, mais le message sociologique, lui, est reçu cinq sur cinq par les enfants et les épouses : les pères sont bernés comme les gérontes de Molière l’étaient par leurs valets. Sauf que les Scapin d’aujourd’hui n’ont pas l’âge de raison. Les seuls adultes tolérables à leurs yeux sont ceux qui cèdent à leurs caprices.
Parallèlement, la campagne télévisée relative à la pédophilie tend à établir une conjonction douteuse entre l’autorité et l’abus d’autorité, entre le privé et l’abus du privé. L’intimité familiale est suspecte de favoriser le viol. On a introduit, qu’on le veuille on non, le ferment d’un doute systématique dans les esprits juvéniles, à propos de ce qui est domestique, masculin et autoritaire. “L’idée”, comme disent les branchés, c’est de prévenir. Mais la prévention se traduit par une exigence excessive de transparence, par une négation du secret familial, lequel est pourtant le lieu même où se forgent l’identité, le caractère et la volonté.
Toujours en aval
Ici, le maire d’une commune de dix mille habitants fait voter un budget d’équipement pour une protection vidéo. Là, on installe un portique électromagnétique à l’entrée d’un collège, d’un tribunal ou d’une prison. Là encore, on obtient des constructeurs d’avions qu’ils fassent équiper leurs futurs appareils d’un poste de pilotage blindé. Partout se multiplient les systèmes d’identification par l’iris, par la voix, par les empreintes digitales. Partout on réclame la surveillance de vos faits et gestes et la dissuasion généralisée.
Or, c’est toujours en aval.
Il s’agit en effet d’intervenir afin qu’un malfaiteur, ayant conçu le projet déraisonnable de tirer aveuglément dans la foule, en soit dissuadé par la présence d’un portique, d’une caméra ou d’un agent de police.
Observons qu’il n’est jamais question, en revanche, de l’empêcher de concevoir son funeste dessein. Il ne s’agit jamais de lui donner une éducation qui sache exclure jusqu’à l’imagination du crime. Ce serait attenter gravement à sa liberté. Moyennant quoi, vingt ans après, il achète des armes de guerre, viole les femmes, défie l’autorité, menace d’un couteau quiconque le regarde dans les yeux, etc.
En se livrant à ce genre de fantaisies dérogatoires à l’ordre commun, il exerce sa liberté mais limite celle des autres dans des proportions spectaculaires. En sorte que dix ans plus tard, si aucune réforme brutale de l’éducation n’est intervenue, on assiste à l’apparition d’une caste de 5 % de citoyens dont le comportement “à risques” justifie pêle-mêle et pour tout le monde : le quintuplement des rails de sécurité, la présence d’agents de la force publique dans chaque wagon de chemin de fer, l’identification dans tous les aéroports, la protection magnétique dans tous les hôpitaux, écoles, musées, etc. On ne peut plus prendre un avion sans décliner son pedigree, prendre le bus sans être filmé, monter dans le TGV sans garder sa valise sur les genoux. La liberté des 5 % devient tyrannie.
glossaire : DDE
DDE: administration au fonctionnement mystérieux qui se déplace à contrecœur pour constater les infractions une fois sur quatre et qui laisse acheter, par des innocents, des terrains inconstructibles pourtant déjà construits, bâtiments dont elle n’a pas su empêcher l’érection, mais dont elle exige la destruction dix ans plus tard, quand les propriétaires ont changé et quand l’application de la loi équivaut pour eux à une spoliation.
Lorsque la mode mani pulite aura débarqué en France, les juges sauront certainement par quoi commencer, mais on aimerait aussi qu’ils sachent par qui.
Barbarie tchétchène et martyre russe ou le contraire
Il est parfois utile de regarder les chaînes américaines pour corriger les oublis des nôtres. Au sujet des “combattants tchétchènes”, l’exercice devient indispensable. Le fait que les membres du commando du théâtre de Moscou aient libéré, dans les premières heures, outre quelques femmes enceintes et une poignée d’enfants, les musulmans présents dans la salle, a été rapporté scrupuleusement par CNN. La précision n’a pas effrayé non plus les radios françaises, lesquelles ont pourtant laissé s’exprimer nombre d’auditeurs sur le thème : “Pourquoi accabler l’islam ? Ce n’est pas parce que les femmes du commando portent une cagoule qu’il faut parler de tchador” etc. A quoi le journaliste n’a pas cru bon de répondre que la libération de musulmans était un puissant indice, mais passons.
En tout cas cette libération révélait le peu de cas que font les activistes des “chiens d’infidèles” que nous sommes. Quant à la télévision, on ne peut pas dire qu’elle en ait beaucoup parlé. On peut même dire le contraire. Sauf erreur de ma part, elle n’en a pas parlé du tout.
Pour connaître la vraie nature du combattant tchétchène, il fallait donc se reporter une fois du plus au remarquable reportage de Christiane Amampour sur CNN : pendant plus d’une heure nous avons eu droit à des confessions de soldats russes qui témoignaient que leurs compagnons tombés aux mains de l’ennemi étaient découpés en morceaux tout vivants, éventrés au soleil, pendus avec leurs tripes, etc., le tout fort explicitement au nom de l’islam, et aux cris d’Allah Akhbar par des gens qui, par ailleurs, se livrent au trafic de drogue, de femmes, de matières radioactives et de pièces de rechange jusqu’au Pakistan. Ils infestent la vie sociale russe d’une criminalité endémique depuis deux siècles et Dostoïevski rapportait déjà qu’ils écorchaient vifs les agents de l’empire. Ce qui n’empêche pas nos médias de nous parler à tout bout de champ de la barbarie russe et du martyre tchétchène.
Génération Valseuses
Deux compères de vingt ans terrorisent des ménagères dans un parking, leur disent « casse-toi la vieille », intimident un couple de bourgeois sur la route des vacances, leur arrachent leur fille, leur voiture, et parviennent à convaincre la demoiselle de les mener jusqu’à la maison de campagne familiale. En arrivant dans ce pavillon forestier, après avoir commenté la décoration des lieux sur le ton du mépris dont les oisifs et les jouisseurs accablent ceux qui achètent leur confort à crédit, ils décident de “se taper la nana”, à tour de rôle avec son consentement lassé, il est vrai, ce qui permet de prétendre qu’on assiste à un déniaisement plutôt qu’à un viol, mais la limite est aussi mince qu’une pelure d’oignon. La scène entend illustrer que la jeunesse obéit à ses propres codes, lesquels prévalent toujours sur ceux des adultes, et qu’elle est, par définition, solidaire contre l’ordre établi.
Ce film, les Valseuses aura fonctionné pour toute une génération, la mienne, comme une invitation à la barbarie. Il prescrit à la jeunesse de s’affranchir de toute bienséance, par la menace si nécessaire, et nous montre des voyous abordant des gens ordinaires avec le sourire du tortionnaire.
Et alors? dira t-on. Quel est l'objet de ce tour de piste ? Il n'y en a pas d'autre, ce texte est fait pour être livré en pâture au robot indexeur de Google, afin qu'une autre vérité que le prêchi-prêcha obligatoire à propos de ce prétendu film-culte circule sur internet et finisse par ouvrir les yeux de la jeunesse de demain.
Alexandre Dumas canonisé à sec
L’entrée au Panthéon d’Alexandre Dumas fut un coup de canon dont l’écho résonne encore dans nos mémoires abasourdies.
D’abord nous avons appris que Dumas fut un grand métis autant qu’un grand écrivain. Nos historiens de la littérature croyaient qu'il devait être honoré pour son génie mais non, il fallait qu’il le fût malgré ses cheveux crépus. Pour un peu, on nous convaincrait que sa carrière a failli être compromise par la couleur de son teint. Il a triomphé pendant un siècle et demi, il a vécu comme un nabab, il est encore unanimement considéré comme un prince des lettres, mais il s’en est fallu d’un poil pour que ce fût le contraire et pour que les méchants racistes l'empêchent de faire carrière.
On pourrait appliquer le même raisonnement spécieux aux Russes et à Pouchkine. Certes, de Moscou à Vladivostok on adore le grand poète, mais on va nous expliquer à présent qu’avec leur vieux fond xénophobe et orthodoxe, les Russes (ces quasi-Serbes !) ne devraient pas, en toute logique, vénérer un homme de génie qui avait un quart de sang noir. En somme, ils auraient pu faire un effort pour coller davantage à leur mauvaise réputation.
La vérité, c’est qu’il n’existe aucune réticence des Français à l’égard de ceux qui font la grandeur de la France, quelle que soit leur couleur. Mais ils n'aiment pas ceux qui la défont quelle que soit leur couleur aussi.